08 août 2026

Roman : Le bal des foudroyés - Camille Pascal

Couverture du Bal des foudroyés Service presse

Le bal des foudroyés

Camille Pascal

Lu sur liseuse · 288 pages · 2026

Historique · Politique

Écriture
Personnages

J'adore les romans historiques et, dans le genre, Camille Pascal est un auteur français qui a gagné ses gâlons de qualité ces dernières années. Aussi, j'avais très envie de le découvrir via ce nouveau titre, dont j'attendais aussi qu'il me mette vraiment au clair quant aux relations Louis XIV/Mazarin/Colbert/Fouquet.

L'histoire, en quelques mots

Louis XIV, on le sait, est devenu roi trop jeune. Il a souffert d'une régence, lors de sa minorité, marquée par des évènements tels que la Fronde (grosso modo une révolte parlementaire et nobiliaire si je me souviens bien ?), et se rend compte un peu avant et après la mort de Mazarin qu'il y a dans son entourage et parmi les personnes qu'il apprécie des personnages sincères (parfois) mais avides de pouvoir et d'argent, n'hésitant pas à lui faire porter le chapeau de l'impopularité. À la mort de Mazarin, après une longue agonie sur laquelle commence ce roman, il décide purement et simplement de supprimer le poste de Premier ministre, marchant tout droit vers la mise en place de la fameuse monarchie absolue. Sur les rangs, pourtant, il y avait deux personnages : Nicolas Fouquet (vous savez, le château de Vaux-le-Vicomte ?), qui était alors son surintendant des finances, et Jean-Baptiste Colbert, celui qu'on nous présente toujours comme l'instrument de la rigueur économique en cours d'histoire. Ce que propose alors Camille Pascal, c'est aussi un portrait de ces deux ambitieux, finalement pas plus vertueux l'un que l'autre.

Mes impressions

Car la légende le sait, on l'a tous et toutes appris, Louis XIV était hyper irrité par le faste présent autour de Nicolas Fouquet, et le pompon sera le fameux bal donné en son château, si fastueux qu'il aboutira à... son arrestation et son emprisonnement à vie. Derrière, Colbert récupérera les finances (pas de spoiler, c'est l'Histoire). La version officielle, c'est qu'il a géré un redressement financier du royaume comme un chef, évitant au royaume de se casser la binette et permettant aussi au roi d'imposer Versailles et tout ce qu'on connaît derrière. Cependant, Camille Pascal, en nous montrant les accointances dans les relations Mazarin/Louis/Colbert/Fouquet, nous détricote un peu le mythe pour exposer un point de vue plus précis : oui Colbert gérait bien, mais il n'était pas le dernier côté népotisme.

Car Fouquet et son admiration presque candide et sincère pour le Roi ne semblent que frivolité face à cet homme austère qu'était Colbert, amateur de chiffres et d'économie, qui dégainait les impôts à tout va. Dites-vous que le peuple le détestait tellement d'ailleurs, qu'il a été enterré de nuit et en secret. Cette anecdote m'a marquée ! Qui se doutait alors qu'il y avait derrière cette apparence de compétence un homme de réseau, d'extorsions, de chantages et même de manipulations politiques gravissimes ? Pas grand monde semble-t-il, sauf un homme, celui qu'on présente toujours comme un grand naïf obsédé par l'amusement : le Roi.

Et c'est tout cela que s'attache à raconter l'auteur ici. C'est clairement dense, fait dans une langue assez soutenue, qui n'est pas celle de certains romans historiques hyper immersifs et romanesques à souhait. Là, on est parfois sur du aride, et au départ ça peut faire bizarre, surtout selon ce qu'on a lu avant. Mais cela vaut la peine d'insister et de se plonger dedans, car tout comme un conteur qui tisse sa toile, l'auteur parvient, par des éléments a priori sans rapport les uns avec les autres, par des attitudes, par des non-dits, à nous dérouler peu à peu le fil mental d'un roi bien décidé à reprendre les rênes de SA monarchie plutôt qu'à être un simple dictateur en ne vivant plus dans la crainte de l'autre, mais en créant la crainte de lui.

« Cela, Colbert ne le savait que trop bien, et c'est la raison pour laquelle depuis plus de dix ans, il portait toujours le même habit noir à simple rabat et ses cheveux naturels, ne se faisait pas bâtir de château, affectait de regarder à la dépense tout en collectionnant secrètement les livres rares dont les prix sont un mystère pour les profanes et qui pèsent moins que des lingots d'or, se gardait bien de rouler carrosse et dissimulait avec soin une fortune déjà grosse de plusieurs millions. Qui aurait pu s'en prendre à un domestique connu pour sa frugalité, sa tempérance et son intégrité ? »

Je le conseille si...

Vous appréciez réellement l'histoire, et pas les récits historiques seulement. C'est une mine d'informations, et un bon moyen de détricoter ce qu'on pensait savoir sur le trio Mazarin/Colbert/Fouquet, en sortant des clichés sur chacun.

En refermant le livre

Quelle solitude aux plus hauts niveaux du pouvoir ! Et tout ce qui retombe sur leurs proches, la manière dont ils les placent... C'est tout cela que je retiendrai finalement, les dégâts collatéraux.