La harde maudite
S.L. Pennyworth
Fantasy urbaine · Métamorphes
Des cerfs métamorphes, un mariage arrangé et une malédiction familiale au cœur de l'Écosse : une lecture imparfaite, mais attachante.
L'histoire, en quelques mots
Nous sommes en Écosse, de nos jours, où vivent en secret différentes meutes de métamorphes. Elliott est un métamorphe cerf d'un certain âge, qui n'a jamais pris d'épouse. Mais sa harde s'affaiblit et, sur décision de son conseil politique, il doit l'unir à une autre harde afin d'en grossir les rangs. La candidate désignée est Clara, une jeune métamorphe cerf d'une vingtaine d'années. Tous deux se rencontrent et, malgré le caractère arrangé de leur future union, ont la surprise de se plaire énormément. Ce qu'Elliott ignore, c'est que Clara est l'actuelle porteuse d'une malédiction qui frappe sa famille depuis des siècles et change d'hôte à chaque génération. Sous le coup d'une émotion violente, comme la rage ou la colère, elle se transforme en une créature monstrueuse qui détruit tout sur son passage et commet des meurtres d'une cruauté sans nom. Pour Clara et sa harde, cette union est l'espoir de transmettre la malédiction à un autre groupe et d'en libérer enfin leur lignée. Sauf que personne – ni elle ni sa famille – n'avait prévu que l'amour s'en mêlerait !
Mes impressions
Ça faisait looooongtemps que je n'avais pas lu ce type de roman, que j'adore pourtant ! La bit-lit, comme j'aime bien l'appeler, c'est vraiment mon genre doudou par excellence, mais elle est malheureusement un peu passée de mode, et les publications se font plus rares. La harde maudite est un spin-off de Skye Doe, une trilogie de S.L. Pennyworth (comme le majordome de Batman ?) parue en 2024. Je ne l'ai pas lue, mais les avis sur Babelio assuraient qu'on pouvait s'en passer. C'est d'ailleurs plutôt vrai, même si j'ai la manie de lire les univers dans l'ordre. Je me suis donc sentie un peu contrariée/lésée/larguée, malgré l'habileté certaine de l'autrice à nous filer l'essentiel quand on découvre son univers. Dès le départ, elle déroule pas mal d'infos sur un trio de personnages qui fonctionne beaucoup par connivence (héritée de la trilogie), mais dont on saisit sans trop de peine les rouages. Seulement, je sais pas, juste, j'aurais aimé sur le moment en savoir davantage, comme l'impression de ne pas avoir tous les tenants et les aboutissants. Si vous fonctionnez comme moi, je vous conseille de commencer par la trilogie avant d'attaquer ce spin-off.
Ceci étant dit, j'ai globalement passé un bon moment avec cette lecture, malgré quelques points discutables. J'aime le trope des mariages arrangés (c'est étrange, je sais, mais je pense que la lecture nous aide sincèrement à décortiquer nos « fantasmes » bizarres et rétrogrades dans une sorte de « safe place »), aussi me suis-je complètement laissé emporter par tout ce qui tourne autour de cette question : les négociations, la première rencontre, la crainte de ne pas se plaire, la découverte de traits de caractère et de points communs… Là, j'étais clairement à fond ! D'autant que les protagonistes sont chouettes. Clara est fraîche, un peu naïve car elle a longtemps vécu en vase clos, mais spontanée et drôle. C'est une métamorphe vraiment jeune : à peine la vingtaine, en apparence comme en âge réel. Elliott, lui, malgré son allure de trentenaire bien sous tous rapports, est né près de deux siècles plus tôt. C'est un Écossais fier, qui aime les traditions (couleurs des clans, kilts), mais aussi la modernité et la technologie. Il est agréable, pas sombre pour un sou et, en un sens, très lumineux. Les interactions entre les deux sont choupies et pleines de compréhension, ce qui m'a beaucoup plu. En somme, c'est un roman super green flag de ce côté-là.
Là où le bât blesse, c'est que j'ai eu du mal à comprendre comment se transmet la malédiction. Durant tout le roman, ça m'a travaillée : si les deux clans s'allient, la malédiction reste parmi eux quand même, non ? Cette question m'a empêchée de me relâcher pleinement et de simplement profiter de ma lecture. De plus, j'ai trouvé l'écriture du sentiment amoureux assez maladroite, avec de nombreuses répétitions. Au départ, les interrogations des personnages sont mignonnes, mais ensuite… ça tourne un peu en rond, quoi. D'autres aspects, cependant, m'ont suffisamment accrochée pour que j'occulte ces points noirs : la diversité des espèces de métamorphes, les jeux de pouvoir, la manière originale de dépeindre les elfes, ou encore la présence (assez légère, cela dit) du druidisme. J'ai senti que l'autrice avait envie d'apporter des éléments peu croisés dans ce genre de littérature (et Dieu sait que j'en ai lu des caisses), et c'est finalement ce qui rend son œuvre attachante malgré tout.
— Tout de même, un mariage arrangé au XXIème siècle, maugréé-je.
Il hausse les épaules.
— Dis-toi que, si tu t'étais marié quand tu avais vingt ans, c'est ce que tu aurais dû subir.
Quelle explication en béton !
— Et puis, tu sais, y a encore plein de pays qui le pratiquent et pas toujours pour des raisons barbares. Au Japon, ils ont des omiai. Ce sont les familles qui s'entendent et, aux dires des Japonais, ça les arrange bien.
— Je ne suis pas Japonais, Craig !
Je le conseille si…
Vous avez lu la trilogie originelle et avez envie de creuser un personnage secondaire (Elliott, en l'occurrence) ; ou, plus largement, si vous aimez la bit-lit, le trope du mariage arrangé et les romances douces et peu épicées, avec un bestiaire de métamorphes qui change un peu.
En refermant le livre
Un moment de lecture imparfait mais agréable, qui m'aura permis de découvrir une autrice pleine d'imagination. Je ne sais pas si je tenterai la trilogie Skye Doe (moi et mon amour des lectures dans l'ordre…), mais je jetterai au moins un œil à ses autres publications, c'est certain.