En toute honnêteté, c'est la couverture du roman qui m'a avant toute chose tapé dans l'œil, puis ensuite le nom de l'autrice, que j'ai envie de découvrir depuis un petit moment (mais davantage dans des univers de fantasy urbaine, j'ignorais alors qu'elle écrivait aussi de la simple romance). Mais une tout autre surprise m'attendait entre ces pages : tout porte à croire que j'ai fréquenté la même fac que ses héros.
L'histoire, en quelques mots
À Paris, de nos jours. C'est la rentrée scolaire à la fac de droit, et deux mondes entrent en collision, ceux de Nils & Lou. Nils, 20 ans, a un père avocat d'affaires richissime connu comme le loup blanc sur le campus, chez qui tout le monde rêverait de décrocher un stage. Ce que personne ne sait, c'est que ce père est maltraitant. Lou, 17 ans, est issue d'un milieu plus modeste. Il y a quelques mois, ses parents sont décédés dans un accident de voiture, et c'est désormais sa jeune tante à la vie dissolue qui a sa garde, ainsi que celle de son petit frère Sacha, 8 ans. Le premier a a priori toutes les clés en main pour réussir, la seconde va devoir se battre pour se faire sa place.
Mes impressions
Car oui, j'ai fait des études de droit, et visiblement dans la même fac que Nils et Lou. Dès le départ, cette lecture m'a replongée dans des souvenirs lointains... Les codes parisiens que je n'avais pas, la différence de classe et de style vestimentaire, les nombreux fils et filles d'avocats autour de moi (ça n'est pas une légende !) et ces amphis littéralement si pleins à craquer qu'il fallait parfois s'asseoir sur les marches (une situation qui s'arrange au fur et à mesure des semaines et des abandons de certains), ou encore le bâtiment moche (et amianté !) réservé aux L1 et L2 versus le Panthéon accessible en L3 seulement, et même la mention de ces étudiants déjà en costards et serviettes de cuir. C'était vraiment drôle de retrouver cet univers, je vous jure. Et c'est clairement à mettre au crédit de Laura Collins : le milieu est dépeint avec un vrai réalisme, qui sonne juste. Le souvenir est encore vif malgré les années, car ça a été pour moi une période de prise de conscience véritable sur l'impact de nos origines sociales. Bref. Passons.
Nils & Lou se rencontrent par un coup du sort, et se font bien rapidement une idée préconçue l'un de l'autre, soit le fils à papa vs. la fille sérieuse et chiante. Pour autant, une petite étincelle, bien présente, va les pousser à se découvrir et à comprendre la vie et les difficultés l'un de l'autre. Nous sommes ainsi sur une romance contemporaine aux émotions vives, car les sujets abordés ici sont plutôt lourds et difficiles. J'ai aimé découvrir la difficulté, l'épée de Damoclès qui pèse au-dessus de la tête de Lou, inquiète d'une seule chose : être séparée de son petit frère si l'aide sociale à l'enfance découvre qu'on ne s'occupe pas très bien d'eux. J'ai trouvé que sa manière d'aborder les choses, ses réactions parfois excessives aussi, sonnaient super bien vis-à-vis de son âge, à cheval entre une maturité déjà présente et une adolescence encore trop proche. C'est un personnage vraiment bien écrit, touchant, qui doit grandir trop vite, alors qu'elle est à une période où elle devrait pouvoir profiter de la vie à fond.
Je serais en revanche davantage mitigée pour Nils, qui est vraiment un bel archétype de la romance, le mec en mode "toutes pareilles, toutes des filles que je b**** sauf elle, qui suscite enfin mon intérêt face à l'ennui de la vie". Ok, tomber amoureux, c'est souvent naviguer pas loin de cet écueil (la personne que j'aime est différente, exceptionnelle, etc.). Mais sommes-nous obligés, dans une romance jeunes adultes publiée en 2026, d'utiliser encore cette amorce éculée des filles qui ne sont que des corps, sauf la protagoniste principale ? Ça passe dans un Off Campus écrit il y a dix ans, mais là... De même, l'identité norvégienne de Nils n'apporte pas grand-chose au personnage (à part un clin d'œil à Mille baisers pour un garçon, de Tillie Cole, que j'ai détesté ?), et ses attitudes de bad boy fifou (kewââ il porte un blouson de cuir et un jean slim en amphi ?) m'ont fait doucement rire. Quant à la maltraitance qu'il subit de la part de son père, c'est un sujet délicat à critiquer, mais je n'y ai tout simplement pas cru. Et je n'ai pas aimé la manière dont les sous-entendus d'inceste sont utilisés pour enfoncer le clou, comme si l'autrice elle-même sentait qu'elle devait aller plus loin.
Côté romance, leur histoire reste classique : ils apprennent à se connaître et s'apprivoisent en douceur. Lou ne veut pas tomber pour le bad boy, et Nils, qui n'est probablement jamais tombé amoureux, ne sait pas trop où il en est au départ. Il faut bien l'avouer, ils sont assez chou.
Au-delà de ça et de mon intérêt pour l'histoire de Lou, je dois avouer ne pas avoir accroché plus que cela avec le style d'écriture, qui a fini par m'ennuyer à force de répétition, notamment concernant les sentiments. Il m'a semblé que Laura Collins reprenait souvent les mêmes éléments de langage dans les moments de questionnement autour de la romance, du genre "pourquoi je ressens un truc alors que je ne suis pas censée ?" en boucle pendant toute la première moitié du livre, et cela a fini par me lasser. Clairement, ça n'est pas pour cette partie de l'histoire que je suis allée au bout de ma lecture, et c'est assez dommage car le livre se présentant comme une romance, cela en fait plutôt une lecture très moyenne.
"— Bienvenue à tous, je crois que nous pouvons commencer, annonce l'homme sur l'estrade, tout sourire. Soyez conscients qu'il faut travailler dur. Nous sommes là pour vous aider à réussir.
La quarantaine bien tassée, il porte une chemise un peu trop ajustée et ses lunettes noires lui tombent sur le nez. À ses côtés, la responsable administrative, plus jeune et en tailleur, acquiesce. Bla-bla-bla. Je voudrais déjà être débarrassée de cette réunion protocolaire, entrer dans le vif du sujet. Agir, enfin ! L'amphi est plein à craquer. Certains sont assis par terre ou adossés au mur du fond. Le premier rang n'a pas intéressé grand monde, il reste quelques sièges inoccupés. Ceux dont personne ne veut."
Je le conseille si...
Vous aimez la romance jeunes adultes et les trajectoires de vie compliquées, et vous êtes sensibles aux questions de classe sociale ou aux histoires de fratrie.
En refermant le livre
La lecture a bien commencé, mais s'est réellement terminée en demi-teinte. Certains éléments du roman sont très bons et réussis (à commencer par Lou, la protagoniste principale du récit), mais d'autres sonnent plus faux, clichés, comme moins creusés - par exemple l'histoire de Nils. Je ne le déconseille tout de même pas pleinement, je pense que c'est une œuvre qui peut réellement trouver son public, surtout chez des lecteurs qui accrocheraient davantage avec le style d'écriture de l'autrice ici.